Publications du Lundi 03 Décembre 2018
Pour la création d'un véritable plan d'action pour la sauvegarde de l'abeille
Publié le :Lundi 03 Décembre 2018
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Le monde d’aujourd’hui fait face à des bouleversements considérables en matière agricole et d’alimentation. Les phénomènes naturels mondiaux ainsi que l’activité humaine fragilisent les écosystèmes et menacent certaines espèces animales et végétales essentielles à la survie de notre espèce. La surmortalité constatée des abeilles doit être un signal d’alarme pour nous tous. Comme l’a dit très justement Martin Gray, qui vécut une grande partie de sa vie sur les collines de Cannes, dans son ouvrage intitulé Au nom de tous les hommes : « Et un jour les abeilles mourront. Et le miel, ce vieux compagnon d'Abel, disparaîtra. Ce sera l'annonce de la fin de l'histoire humaine des hommes. ». Ce pollinisateur est un acteur majeur de l'environnement et de l’agriculture et sa conservation doit être un objectif national.

L’hiver 2017-2018 a connu un effondrement important du nombre d’abeilles en France. L’enquête menée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a fait état d’un taux de mortalité des colonies de presque 30% ce qui constitue un chiffre considérable et désastreux. Il ne s’agit pas seulement d’un problème local. Depuis la fin des années 90, les apiculteurs du monde entier tentent d’alerter les pouvoirs en place des risques liés à la disparition de ce maillon essentiel de la chaine alimentaire. Ils constatent depuis lors un recul inhabituel de colonies.

Nous avons tous été sensibilisés au rôle des abeilles dans l’écosystème. Elles ne sont pas seulement importantes parce qu’elles produisent du miel, elles tiennent un rôle majeur dans la production de notre nourriture. Elles favorisent non seulement la pollinisation des plantes sauvages mais également cultivées. Un tiers des cultures destinées à notre alimentation est pollinisé par les insectes. Sans leur intervention, notre productivité agricole serait bien amoindrie et jusqu’à 75% de nos récoltent subiraient une baisse de rendement. Sur les 100 espèces végétales qui fournissent 90% de la nourriture dans le monde, 71 dépendent des abeilles et de leur pollinisation. En Europe, 4 000 variétés de légumes cultivés, de même que certaines plantes fourragères indispensables au bétail n’existeraient pas sans le travail appliqué des abeilles. Pour la seule production de miel, rien qu’en France, la production est passée de 35 000 tonnes au milieu des années 90, à 9000 tonnes en 2016, soit une chute des ¾ de la production.

Mais alors même que leur effectif diminue, le nombre de cultures agricoles nécessitant leur action croit de manière exponentielle. Ce phénomène doit nous alerter sur les comportements et les actions à envisager pour lutter contre ces disparitions inquiétantes. Si rien n’est fait, il se pourrait que nous devions faire face à une pollinisation insuffisante des cultures dépendantes de leur intervention et donc par conséquent à une baisse de notre capacité à produire et de notre variété en matière alimentaire.

Cette hausse de la mortalité des abeilles n’a pas une cause unique. Tel qu’il est présenté par de nombreux scientifiques, ce « symptôme d’effondrement des colonies » est causé par un ensemble d’éléments provoquant leurs disparitions. Ainsi, la multiplication des substances chimiques dans l’environnement, la présence de parasites, les effets désastreux des

monocultures, les ravages du frelon asiatique, l’impact du changement climatique, … sont les principales causes de cet effondrement.

L’absence de réelles politiques internationales et régionales visant la surveillance et l’analyse du phénomène ne présage rien de positif concernant les suites à envisager. Malgré les appels des apiculteurs du monde entier et des associations de défense de l’environnement, les responsables politiques restent muets. Il nous faut pourtant agir avant qu’il ne soit trop tard.

Les parlementaires européens ont demandé dans une résolution du jeudi 1er mars dernier, à la Commission et aux Etats membres de mettre en place un plan de lutte à grande échelle contre la mortalité des abeilles et pour le développement de l’apiculture en Europe. Cette mesure n’a pas de valeur juridique contraignante mais a permis d’alerter bon nombre de nos collègues européens des dangers liés à la disparition de ces insectes indispensables. Les enjeux de l’apiculture en Europe, sont loin d’être mineurs. Avec ses 600 000 apiculteurs produisant 250 000 tonnes de miel chaque année, l’Union européenne est le second producteur mondial de miel derrière la Chine. La France à elle seule, totalise 50 000 apiculteurs.

Malheureusement, tous ces signaux d’alertes ne semblent pas alarmer le gouvernement qui, malgré des annonces faites n’a toujours rien entrepris. De plus, trois jours après sa nomination au poste de Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Monsieur Didier Guillaume a suscité de vives réactions des ONG, dans l’enquête des bébés nés sans bras, en déclarant que les scientifiques devaient faire la preuve que les pesticides avaient des conséquences sur la santé. Non seulement, cette information a déjà été prouvée mais elle a également des conséquences sur les écosystèmes et donc les abeilles.

Comme de nombreux élus membres du Comité des élus à l’abeille, nous sommes sollicités par de nombreux apiculteurs qui sont les premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme. Pourtant, toutes ces tentatives de dialogue n’ont pas abouti et malgré les interventions que nous déposons auprès des services ministériels, aucune évolution de la situation n’est actuellement à l’étude.

Mais qu’attendons-nous ?!

Aujourd’hui des scientifiques américains tentent de trouver des solutions en créant des drones pollinisateurs pour faire face à cette chute de la population des abeilles et donc au problème en découlant. Plusieurs sociétés expérimentent des drones pour aider les exploitations produisant des amandes, des cerises et des pommiers. Mais est-ce que ces nouvelles inventions ne font pas penser qu’il est déjà trop tard pour endiguer la disparition de ces colonies ? Ce petit insecte est indispensable et s’il venait à disparaitre, cela serait le premier pas vers l’extinction de nombreuses espèces végétales et par conséquent animale et humaine.

Il nous faut agir maintenant, promouvoir la création d’un véritable plan de sauvegarde de l’abeille et des apiculteurs afin que nos enfants puissent encore assister à ce merveilleux miracle de la nature qu’est la pollinisation par les abeilles et déguster le bon miel de nos régions.

Nous demandons donc au gouvernement, en collaboration avec l’ensemble des acteurs de ce secteur, de prendre immédiatement des mesures. Nous ne pouvons pas rester inactifs face à cette menace. La bataille sera dure mais nous ne pouvons pas la perdre. Il nous faut dès aujourd’hui nous attaquer à ce fléau pour sauver l’agriculture française.

PROTEGEONS LES ABEILLES POUR SAUVER LE MONDE
 

Tribune de Bernard Brochand, Député des Alpes-Maritimes, que j'ai cosignée.